mardi 26 janvier 2010

Un Dieu pestilentiel, mégalomane et sadomasochiste?

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« Le Dieu de l'Ancien Testament est sans doute le personnage le plus désagréable de toutes les histoires de fiction: jaloux et fier de l'être; mesquin, injuste, rancunier et obsédé du contrôle; adepte de l'épuration ethnique, vindicatif et assoiffé de sang; misogyne, homophobe, raciste, infanticide, génocide, filicide, pestilentiel, mégalomane, sadomasochiste, tyrannique et capricieusement malveillant. » (Richard Dawkins, The God delusion)

Pestilentiel

Le terme pestilential utilisé ici par Dawkins comporte une signification différente du "pestilentiel" utilisé en français, si bien qu'il serait peut-être préférable d'utiliser un autre mot afin de traduire correctement l'expression.  Alors qu'en français, "pestilentiel" signifie "qui répand une odeur infecte" (Larousse), pestilential regroupe plutôt tout ce qui répand la peste, qui comporte une menace, qui est irritant ou même moralement dangereux.

Nous ne pourrions argumenter contre cette vision du Dieu de la Bible sans répéter ce qui a déjà été abordé précédemment, à savoir que là encore, tous les actes violents et menaçants de Dieu s'expliquent par son amour de l'humanité et son désir de la protéger d'elle-même.  À chaque fois que Dieu envoie la peste et le malheur, c'est en réponse au péché.  Dans le récit de la Genèse, nous ne voyons pas Dieu qui décide un bon matin de frapper Adam et Ève pour le simple plaisir.  Avant la désobéissance, l'humanité jouissait de la perfection édénique et la colère de Dieu était un concept étranger à leur réalité.  L'homme attire son propre malheur en choisissant ses voies plutôt que celles de Dieu.  Et Dieu exerce sa justice de façon cohérente et irréprochable en punissant le péché de tout homme qui s'oppose à lui.  On peut juger que les punitions que Dieu inflige à l'humanité sont hors de proportion.  Humainement parlant, lorsqu'un enfant désobéit, on le prive de dessert ou de sortie.  Ou dans certain cas, selon la culture, on lui donne la fessée.  Mais Dieu, lui, met littéralement à mort hommes, femmes et enfants.  Ou il les frappe de maladies, de désastres naturels et de diverses calamités.  Et ultimement, il réserve les tourments éternels à ceux qui le rejettent.  Ces conséquences ne dépassent-elles pas le cadre de la discipline pour tomber dans la pure cruauté?

L'homme ne peut comprendre la discipline et la justice de Dieu qu'en comprenant qui est Dieu.  Ce dernier est saint.  Il est digne de toutes les louanges, de toute la gloire et de toute l'adoration.  Le Dieu de la Bible n'est pas un dieu parmi d'autres.  Il est le Dieu unique, le Dieu vivant, l'alpha et l'omega, le début et la fin.  Il est la raison d'être de toute chose.  Il est le mouvement et l'être en chacun de nous.  Pas un battement de notre coeur ne s'effectue sans sa divine providence.  S'il le voulait, ce monde ravagé par le péché s'effondrerait sur lui-même et disparaîtrait à jamais, avec toute la vie qu'il contient.


Le péché est un affront à la majesté de Dieu et à sa suprématie.  Alors que tout l'univers obéit à la Parole, l'homme se rebelle contre celui qui l'a créé.  Il se soulève contre celui qu'il devrait adorer.  Il souhaite la mort de Celui qui lui a donné la vie.  Nul ne peut sonder la gravité d'un tel affront.  Et c'est pourquoi nul ne peut pleinement comprendre et accepter le concept de la justice de Dieu et de la géhenne éternelle.

Cela étant dit, Dieu n'exerce pas sa justice dans le seul but de rendre justice.  Il le fait dans un espoir de réforme et de correction.  Il tente, par la souffrance, d'amener l'homme au brisement intérieur et à la repentance.  Car sans cette repentance, le coeur de l'homme s'endurcit et se coupe lui-même de la seule lumière qui peut soutenir la vie.  Encore une fois, nous pouvons utiliser l'image de la médecine.  Si nous faisons l'addition de tout ce que la médecine fait subir aux enfants malades (chimiothérapie, médicaments et traitements agressifs, opérations risquées, réadaptation, etc.) nous voyons beaucoup de souffrance infligée à des êtres jeunes et fragiles.  Mais cette souffrance n'est pas voulue par celui qui l'inflige.  Le médecin voit au-delà de la souffrance.  Il voit le but à atteindre.  Le bien qui découlera de ce mal.

Dieu a aussi son arsenal de traitements chocs.  Il a sa propre pharmacie visant à remédier au mal du péché.  Nous pouvons contester et crier à l'injustice et à l'exagération.  Mais qui sommes-nous pour juger de ce qui peut donner la vie ou la mort spirituelle?  Sommes-nous les auteurs de cet univers? Sommes-nous ceux qui ont créé les lois de la physique et les lois spirituelles?  Lorsque le monde fut fondé, que le monde atomique s'est cristallisé pour constituer ce que nous appelons l'univers, y étions-nous pour quelque chose?  L'homme a peine à comprendre le monde ou il vit.  Les théories scientifiques  se succèdent.  Les écoles de pensées se disputent.  Et malgré son ignorance vis-à-vis le monde visible qu'il connaît pourtant depuis des millénaires, l'homme prétend pouvoir comprendre ce qui relève du monde invisible, du salut ou de la damnation des âmes.

Mégalomane

La mégalomanie est une surestimation de sa valeur physique ou intellectuelle, de sa puissance.  Il peut s'agir aussi d'un délire de grandeurs rencontré chez certains cas psychiatriques.  Attribuer ce qualificatif au Dieu de la Bible nous plonge en plein illogisme.  Conformément aux Écritures, Dieu ne peut surestimer sa valeur physique puisqu'il est omniprésent.  Il ne peut surestimer sa valeur intellectuelle puisqu'il est omniscient.  Il ne peut surestimer sa puissance puisqu'il est omnipotent.  Si Dieu est au-dessus de toute choses, s'il est infini et éternel, comment pourrait-il donc se surestimer?  Inutile d'aller plus loin ici.  Un Dieu mégalomane est une impossibilité logique.

Sadomasochiste

Le sadisme de Dieu est une variation des autres termes utilisés par Dawkins pour dépeindre un Dieu violent et destructeur, mais en impliquant cette fois que Dieu prend plaisir à faire souffrir.  La Bible révèle plutôt que Dieu prend plaisir à la justice, même lorsque celle-ci implique la souffrance humaine.  Si Dieu avait été sadique, il n'aurait pas prodigué un tel amour paternel envers ses enfants.  Lorsqu'il a libéré les hébreux de l'esclavage égyptien, il n'aurait pas ouvert la mer en deux pour leur permettre d'échapper à l'ennemi.  Un Dieu sadique aurait plutôt pris plaisir à libérer le peuple pour ensuite le voir massacré par l'armée au bord de la mer.  Lorsque le peuple fut dans le désert, Dieu n'aurait pas fait jaillir l'eau d'un rocher ou fait tomber la manne du ciel.  Un Dieu sadique aurait plutôt éprouvé une grande jouissance à la vue de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants mourant de faim dans le rude climat désertique.  Face aux armées ennemies, il n'aurait pas assuré la victoire du peuple élu, même lorsque ceux-ci étaient numériquement désavantagés.  Un Dieu sadique se serait servi de ces occasions pour voir ses enfants mourir sous le fil de l'épée.

Les exemples abondent, de la première à la dernière page de la Bible.  Rappelons-nous que l'objectif de la présente argumentation n'est pas de démontrer que ces événements se sont bel et bien produits, mais plutôt que le discours de Dawkins ne colle pas à la réalité biblique.  Lorsque nous comparons ses propos au texte biblique, nous réalisons que certaines assertions - comme celle-ci - relèvent de la pure fantaisie.

Enfin, concernant le masochisme de Dieu, je vois deux éléments majeurs de la Bible qui pourraient laisser croire en un Dieu masochiste:

D'abord, les souffrances que Dieu, incarné sur la terre en la personne de Jésus Christ, a accepté volontairement de subir.  Naturellement, la masochisme n'a rien à voir avec cette décision de souffrir.  La veille de sa crucifixion, Jésus n'avait pas le coeur à la fête.  Il ne partageait pas avec ses disciples son excitation de la torture imminente, des crachats, des coups de poing, des coups de fouet qui allaient déchirer sa chair, des clous enfoncés dans sa chair et déchirant ses nerfs, de la lente asphyxie sur la croix.  Au contraire, au jardin de Getsémané, Jésus était accablé de chagrin et d'angoisses.  Car non seulement était-il sur le point d'être sauvagement battu par les hommes qu'il était venu sauver, mais il allait subir le pire des châtiments, un châtiment qu'il ne méritait absolument pas: la séparation d'avec le Père.  Un châtiment qui nous était destiné à tous, à cause de nos péchés.  Mais que Dieu lui-même venait subir à notre place.  La Trinité était momentanément déchirée.  Non par un élan masochiste, mais par un élan d'amour incompréhensible, qu'aucun homme ni aucun ange ne pourra jamais pleinement comprendre.  Une déchirure au coeur-même de Dieu, visant à donner naissance à un peuple saint et racheté, né non pas de la chair mais de l'Esprit.

L'autre élément biblique qui a peut-être incité Dawkins à crier au masochisme est la souffrance que Dieu s'est lui-même infligé en créant l'homme à son image et en lui donnant la possibilité de désobéir.  Lorsque le Dieu omniscient de la Bible a soufflé dans les narine du premier homme afin de lui donner la vie, il n'était pas sans savoir qu'il marquait le début d'une longue histoire de désobéissance humaine et conséquemment de souffrance et de mort.  N'aurait-il pas été plus simple et judicieux pour Dieu de ne jamais débuter une telle oeuvre?  N'aurait-il pas été plus simple à la trinité de demeurer seule, d'être tout en tout, de ne pas former un monde destiné au chaos?

Peut-être.  Mais Dieu est amour.  L'amour créé et partage.  Nous pourrions aussi dire que nous, humains, devrions arrêter de procréer.  Le cynisme pourrait nous encourager à imposer la stérilité pour tous.  Mais nous ne pouvons nous empêcher de donner la vie.  Car l'amour engendre l'amour.  La vie engendre la vie.  Au-delà de toutes les misères humaines, il est de notre nature-même de partager ce que nous avons.  De la même façon, Dieu ne pouvait s'empêcher de créer un monde à aimer.  Dieu ne pouvait faire autrement que de donner la vie, car il est la vie.  Dieu n'est pas égocentrique.  Même s'il aurait tous les droits du monde de limiter la vie et l'amour à la Trinité, il fait déborder cet amour sur sa création.  De plus, parce que Dieu est si magnifique, il doit créer des créatures qui puissent l'aimer et l'adorer.  Que serait l'oeuvre d'un grand peintre sans spectateurs pour l'apprécier?  De même, que serait la gloire de Dieu sans les louanges d'un peuple?  Non pas que la gloire de Dieu est dépendante de l'appréciation humaine.  Mais cette gloire est rendue parfaitement manifestée par l'existence de l'univers et des créatures qui l'habitent et l'adorent.

Dieu s'est imposé de la souffrance en consentant à donner une telle liberté à l'homme.  Il savait et ressentait déjà chacune des milliards de quadrillions de larmes qui allaient être versé à cause du péché.  Mais il savait aussi qu'il triompherait un jour de ce mal.  Il savait que ce drame épique se conclurait par la victoire de l'amour.  Il savait que pour tous ceux qui apprécient le don de la vie, et qui désirent cette communion intime avec le Créateur, l'existence n'a pas de prix.  Et que les seuls perdants, véritablement, ne sont que ceux qui se ferment au mystère de cette existence et qui choisissent d'haïr celui qui la leur a donné.

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